Devoir de Suite,
Cela faisait très longtemps que voulais reparler de Haïti et de l’engagement de la commune de Saint Cyr au Mont d’Or pour ce pays ravagé, détruit, sous-toile, épuisé à force d’attendre. Cela faisait bien longtemps que je voulais vous parler de notre action auprès d’écoles dans un pays qui est sorti de nos écrans , n’est plus porté par nos ondes radio, réduit au silence médiatique. Media subissant la pression des évènements en file d’attente, inféodés à l’immédiateté de l’actualité que nous jugeons émotionnellement comme prioritaire « au-dessus de la pile » enfonçant encore plus dans la hauteur anonyme de cette pile ceux qui endurent sur place, ont froid en hiver sous leurs toiles et s’arrêtent de chaleur en plein été, surtout les familles qui voient s’éteindre leurs enfants. Oui, Haïti comme bien des continents, des pays, des régions meurtris, agressés est aujourd’hui hors de notre champ du quotidien, hors champ médiatique parce que pour les medias la tragédie a cette faiblesse irrecevable d’être longue. Alors, disons-le, même si nous nous sommes mobilisés, avec sincérité, instantanément pour Haïti en janvier 2010, nous devons comprendre et admettre que nous devons avoir assez de constance pour écrire dans le temps les résultats de notre propre engagement. Ne pas s’inscrire dans la durée, c’est se dispenser de s’auto-examiner sur les conséquences de notre émotion première et légitime et s’exonérer des conséquences sur le long terme de notre engagement. Ne pas s’inscrire dans la durée, c’est admettre que ,nous aussi ,nous vivons le monde au jour le jour, en acceptant qu’un événement majeur chasse l’autre et que nous passons de l’un à l’autre, d’une révolte à l’autre, d’une tragédie à l’autre ,d’un peuple meurtri à l’autre en étant irresponsablement convaincu que nous avons fait le plus important. Non, c’était le plus urgent. Dans la durée l’important est toujours, au jour le jour, le plus urgent. Il y va de la survie d’un peuple, de l’avenir confisqué de ses enfants. Ce sont pour ces raisons, ces convictions, ces résonances par rapport aux regards, aux sourires des enseignants et des enfants des écoles que nous avons décidé d’accompagner et de soutenir, que nous avons pris le temps d’exercer un « devoir de suite ». Trois ans de suite à partir de janvier 2010 La solidarité nait de l’émotion, portée par le temps elle s’enracine dans l’humanité. Pour Haïti
Marc Grivel |
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